Ce musicien et peintre né à Buenos Aires et exilé à Paris a attendu de dépasser la cinquantaine pour se mettre à chanter en public. Juan Carlos Cáceres milite pour un tango sincère, assumant enfin ses origines africaines.
Portrait
Juan Carlos Cáceres
Tango ! Un mot qui chauffe le cœur, ravive les sens et réveille des clichés : sur les parquets cirés se mélangent le bandonéon, les robes à volants et l'étreinte théâtrale des corps d'amants latins. Pourtant, de par ses origines bantoues, le mot Tango signifie tambour et désignait l'endroit où les esclaves se retrouvaient pour jouer et danser leur musique. Musique africaine donc, où dans le tambour, au fil du temps, se sont mélangées des teintes venues de la Habanera, du Milonga et d'Europe. Mais le tango, devenu musique nationale en Argentine, s'est policé en occultant ses racines noires.
Juan Carlos Cáceres revendique haut et fort l'aspect africain du tango remettant en avant le rôle des percussions et cherchant inlassablement tous les ingrédients initiaux de cette culture de fusion. Juan Carlos Cáceres naît à Buenos-Aires en 1936. Ce fils d'émigré italo-indien se découvre artiste très jeune. Pendant six ans, il suit les cours des Beaux-Arts, mais apprend aussi le trombone et surtout le piano. Juan Carlos évolue dans la bohème de la capitale argentine et poursuit de front ses deux amours artistiques. Il enseigne la peinture et ouvre des clubs de jazz qui prennent modèle sur ceux de la rive gauche parisienne. Il y reçoit Juliette Gréco, Dizzy Gillepsie et un chanteur de blues que les amateurs de musique oublieront mais que ceux de bandes dessinées vénéreront : il se nomme Hugo Pratt et inventera plus tard le personnage de Corto Maltese. A cette époque, Buenos Aires est une ville particulièrement excitante pour les intellectuels et les artistes. Consciente et fière de ses racines, la capitale argentine n'en est pas moins ouverte sur le monde. Mais la prise du pouvoir par les militaires en juin 1966 bouleverse cet équilibre.
Juan Carlos Cáceres quitte l'Argentine et gagne l'Europe. Il séjourne d'abord en Espagne puis, comme beaucoup de ses compatriotes francophiles, rejoint Paris en plein mai 68. Rapidement, grâce à ses amis argentins, il est plongé au cœur de la vie artistique parisienne et poursuit ses activités de peintre et de musicien. L'exil, c'est bien connu, renforce l'idée d'appartenance à des racines et, s'il est amoureux du jazz, toute sa vie Cáceres a vécu au rythme du tango.
Les ensembles instrumentaux qu'il crée et dirige de derrière son piano - Malon en 1972, Gotan en 79 et Tangofon en 1992 - marient ces deux ingrédients. A 57 ans, il se décide enfin à faire en public ce qu'il ne faisait que pour les amis : chanter. Et, en 1993, il publie son premier album de chansons solo. Sa belle voix rauque accentue le charme passionnel d'une musique sur laquelle il ne cesse de faire des recherches. Au fil des albums et des concerts, Juan Carlos Cáceres éloigne un peu plus le tango des clichés dans lesquels les descendants des immigrants blancs se sont complus à le faire évoluer et fait ressortir l'essence africaine et festive du genre. Sur scène en se faisant accompagner par deux joueurs de cajones, ces cubes en bois que l'on frappe de la paume de la main, il redonne un rôle de choix aux percussions. Cette réhabilitation culmine en 99 avec Tango Negro, qui reprend l'appellation originelle de cette musique ; et son album de 2001, Tabou Tango, explore encore plus à fond ce défrichage salutaire.
Juan Carlos Cáceres est un artiste accompli dont l'œuvre entière est dédiée au tango, tant à travers son aspect musical que par ses peintures qui le plus souvent représentent des danseurs de tango noirs. En 2005, avec le très réussi album Musica Argentina, il continue d'explorer ce profond tango métisse.
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